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Dimanche 07 Septembre 2008







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Artisans et Parc Naturel Régional : le point de vue de l'homme du bois

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Rencontre avec Christian Beynel, vice-président du conseil de valorisation du parc régional de Millevaches en limousin.



Artisans et Parc Naturel Régional : le point de vue de l'homme du bois
Christian Beynel, professeur d'Histoire et Géographie, Docteur en Géographie, auteur d'une thèse "Forêt et société de la Montagne limousine" publiée en version abrégée par les Presses Universitaires du Limousin en 1998, est président de la commission forêt du Parc Naturel Régional de Millevaches, représentant le Centre Régional de la Propriété Forestière qui est en quelque sorte l'équivalent de la chambre d'agriculture des paysans pour les propriétaires forestiers privés. Christian Beynel est également propriétaire forestier sur la montagne limousine, où il multiplie les expériences. La forêt et la sylviculture sont pour lui un moyen de se rattacher au monde rural et de garder le contact avec celui-ci.

Jean Pierre Lapeyre : Quelles propositions d'actions de développement faites par les commissions du conseil de valorisation sont de nature à intéresser l'artisanat du plateau ?

Les programmes triennaux du Parc Naturel Régional (PNR) qui sont actuellement en gestation rejaillissent les uns sur les autres. Pour la première fois le monde rural va être traité dans sa globalité et non par activité sectorielle. Nous aurons au bout du compte un programme synthétique touchant toutes les activités présentes sur la montagne. Par exemple le développement d'un tourisme de qualité, basé sur les diverses formes de randonnées doit aider le commerce local qui sur place, particulièrement l'hiver, ne dispose pas d'un nombre suffisant de consommateurs. Pourtant son maintien est indispensable à la population locale et surtout aux personnes âgées.
Plus concrètement l'Opération Programmée d'Amélioration de l'Habitat insufflée par le PNR qui va commencer fin 2004 ou au début 2005 va tenter d'améliorer la situation du logement sur la montagne limousine où nous sommes dans une situation paradoxale : d'un côté nous manquons de logements offerts à la location et d'autre part nous avons un grand nombre d'habitations vacantes, fermées depuis de nombreuses années. Cela va entraîner comme lors de la première opération de ce type un nombre important de rénovations et par conséquent un surcroît de travail pour l'artisanat de tous les corps du bâtiment.
Cette opération est d'autant plus nécessaire que nous assistons depuis plusieurs années à une augmentation du prix du foncier bâti qui risque de pénaliser les populations locales. Il est probable que notre montagne, comme les campagnes de caractère, s'internationalisera rapidement avec l'ouverture de moyens de communication de plus en plus rapides. La multiplication des résidences secondaires, conséquence directe de l'exode rural, entraîne aussi des retombées positives sur l'artisanat, d'autant que la nouvelle clientèle est souvent très exigeante et porteuse d'idées nouvelles.

Comment voyez-vous la mise en œuvre de cette complémentarité entre les divers programmes pour mener à bien ces actions ?

Les complémentarités sont très fortes et cela fait la force des programmes du PNR. Si nous prenons le domaine que je connais le mieux, celui de la forêt, le programme forestier est particulièrement intéressé par celui des artisans, en particulier pour le chauffage au bois. Nous sommes, il n'est pas en principe besoin de le rappeler, une moyenne montagne où les saisons intermédiaires sont fraîches. Nos habitations ont besoin de chauffage d'appoint, le cantou était le symbole de nos maisons. Cette tradition ne doit pas se perdre, au contraire, elle doit être rénovée. Les moyens techniques ne manquent pas, offrant de multiples possibilités qui deviennent un atout que la commission tourisme a depuis longtemps relevé.
Le bois de chauffage utilisé est souvent du bois de récupération, il a l'immense avantage d'être en circuit direct et de participer à l'entretien de nos forêts, la débarrassant des bois de faible valeur. Mais il y a plus : l'artisanat peut être l'école du bois. Nous avons sur la montagne, contrairement aux idées reçues, d'excellents forestiers et des entreprises de travaux forestiers de très bons niveaux. Mais il ne suffit pas de savoir planter et entretenir une forêt, il faut de plus en plus être capable de connaître le bois et ses qualités qui sont très variables suivant les stations et même d'un arbre à l'autre pour les feuillus.
La production forestière de la montagne malgré les dégâts de la tempête est considérable, elle est surtout forte en résineux. Très souvent, sa qualité est décriée, c'est là que les artisans, les menuisiers, les scieurs doivent jouer un rôle pédagogique. En fait, tout est affaire de tri. Nous pouvons très bien rencontrer dans une coupe des résineux de qualité menuiserie ou fermettes voisinant au milieu d'arbres de qualité charpente voir de qualité palette. Les feuillus demandent un plus grand professionnalisme, le tri doit s'opérer dans certain cas au niveau de chaque bille, aussi à côté des unités de sciage de grande capacité, une place, un créneau est possible pour de petites scieries de proximité, travaillant avec les artisans locaux, valorisant, au mieux, les bois locaux dont la qualité est appelée à se développer.
Les résultats du travail des artisans locaux, dans nos habitations mais aussi dans certains meubles de pays sont souvent remarquables, cela devrait nous inciter à utiliser davantage les bois locaux en association avec la pierre, aussi bien dans la construction que dans le mobilier.



Jeudi 01 Juillet 2004
N°201 - Juillet 2004
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