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Barbara Paczula, médecin du patrimoine rural à Lapleau



Barbara Paczula est restauratrice d'art à Lapleau. D'origine polonaise, elle intervient depuis 15 ans sur le petit patrimoine rural. En toute discrétion, ses travaux dans les églises corréziennes font référence. Ses actions relèvent de la petite chirurgie, de la médecine appliquée. Son accent slave est un voyage, sa conversation une promenade historique en pays Limousin.



Née en Pologne de parents médecins, Barbara Paczula est toute destinée, à l'instar de ses frères, à devenir elle aussi médecin. Mais, c'est l'art, et particulièrement le dessin qui la passionnent. Opiniâtre, elle obtient au terme de six années d'études son Doctorat à l'Académie des beaux arts de Cracovie en 1985. Elle y apprend l'histoire de l'art, la chimie, la physique, la biologie et la pétrographie, autrement dit la science des roches… Elle y décortique des centaines de statues, travaille sur des tableaux, des toiles, des fresques… le tout sur un fond social révolutionnaire agité par le Solidarność de Lech Walesa.

Elle arrive en Corrèze par hasard

Barbara Paczula, médecin du patrimoine rural à Lapleau
Quand elle vient pour la première fois à Paris en 1981, Barbara Paczula tombe amoureuse d'un français et de la France. Pendant 10 ans, elle partagera son temps entre la Pologne et son pays d'adoption. Pour le théâtre, elle réalise quantité d'affiches, de décors, de costumes et maquillages. En 1993, sa vie bascule. Un grand concours organisé par le Pèlerin Magazine la conduit à Lafage-sur-Sombre, en Corrèze. Depuis ce jour, Barbara Paczula exerce son métier de restaurateur d'art dans une petite maison de Lapleau. Un métier rare qui demande des compétences multiples. Elle intervient principalement sur des oeuvres religieuses, des structures en bois ou en pierres polychromes, des tableaux…
En quelques années, Barbara a appris à aimer le pays Limousin et à connaître ses habitants à travers leurs croyances et leurs rites religieux.

Du congélateur à l'antivol, une méthode unique

Barbara Paczula, médecin du patrimoine rural à Lapleau
Pour restaurer du mobilier, une statue en bois par exemple, Barbara Paczula commence toujours par la déposer dans un congélateur. «C'est ma technique pour désinsectiser» confie t-elle. Pendant 2 semaines, celle-ci repose au frais pour atteindre la température de – 28° C. Une méthode très saine, qui évite l'usage de produits chimiques pas toujours efficaces. C'est aussi le temps des recherches qui permettent de dater précisément l'objet, d'en déduire parfois les matières et matériaux potentiellement utilisés. Le travail du bois reste très technique. Et pour en déterminer la nature précise, Barbara Paczula s'adresse régulièrement aux menuisiers de son entourage. Avec une grande minutie, elle décape alors les 3 ou 4 couches de peinture qui recouvrent les statues et autres mobiliers. Chaque couche peut être une protection contre le vol, particulièrement pour les objets couverts d'or, ou, plus simplement, la malfaçon de quelques restaurateurs peu scrupuleux. Millimètre par millimètre, sous l'oeil d'un microscope qui grossit 30 fois, Barbara Paczula décape à l'aide d'un couteau, d'une aiguille ou d'un scalpel.
Mais très rarement, ne fait appel aux trop puissants et destructeurs dissolvants. Pour consolider une pièce détériorée, elle injecte tout simplement de la résine, ajoute des plaques de zinc si nécessaire et place toujours un système antivol devenu obligatoire.

Ses statues passent des radios…

Barbara Paczula, médecin du patrimoine rural à Lapleau
Les soins que Barbara Paczula prodigue aux statues font appel aux techniques de la chirurgie et de la médecine : « parfois, quand je doute, j'emporte mes statues chez le radiologue ». Souvent, en leurs entrailles, elle découvre d'étranges armatures ferreuses… « Je dois établir un diagnostic de conservation, trouver la maladie et, si je ne connais pas celle-ci, ne soigner que les symptômes. Plus tard, vient l'idée de la consolidation.»
Chacune des oeuvres restaurées est finalement protégée avec du vernis fabrication maison. Et si la pièce comporte des parties en bois brut, elle recevra alors une application de pure cire d'abeille. Ainsi, le travail de restauration est une affaire de minutie, de patience et peut durer de 4 à 6 mois.

Restituer : une grande émotion

Le moment du retour dans l'église est toujours un événement en soi. A Lubersac, 80 personnes attendaient l'arrivée de la statue avec des bougies allumées. « J'étais complètement émue et surprise » reconnaît Barbara. « C'est drôle de voir combien les gens peuvent adorer les objets, au même titre qu'une personne ! »
Au-delà de son activité, Barbara anime des conférences, participe à des festivals, des expositions, montre ses créations, ses affiches, ses marionnettes ou encore ses illustrations…
A Lapleau, elle anime une école de dessin courue dans tout le pays. Une école où chacun est admis, sans distinction. Une école sans porte, toujours ouverte, un lieu d'échange où les cours commencent toujours par un peu d'histoire de l'art. A Lapleau, tout le monde parle à Barbara et Barbara parle à tout le monde.

Parce que, dans la région, Barbara est tout simplement devenue indispensable.
Barbara Paczula, médecin du patrimoine rural à Lapleau

Dimanche 6 Janvier 2008
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1.Posté par Lemonnier Philippe le 21/08/2011 22:11
Lapleau doit s'enorgueillir d'avoir "Bashka" parmi ses habitants !!! Quel talent !...La municipalité de Lapleau évoquera-t-elle à cet effet, la possibilité de lui conférer,--de son vivant--, le nom d'une de ses rues ? Affaire à suivre...
Bravo Barbara...

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