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Ces artisans de nos campagnes !
>> Enquête
Boulangers, garagistes, boucher-charcutiers, couvreurs ou encore maçons …, ils ont choisi d’exercer leur métier à la campagne. Depuis toujours les artisans font partie du paysage rural, sont présents dans les bourgs et lieux dits parfois isolés. Au delà du service de proximité, et de savoir-faire souvent exceptionnels, ils sont, ici, maire de la commune, là, président du club de rugby, plus loin chef des pompiers. Dévoués et assurément conscients du rôle qu’ils doivent jouer, ils garantissent un lien social essentiel entre les populations et les générations. Au nom de l’amitié et de la cohésion qu’ils trouvent à la campagne, aucun ne pourrait faire le choix de vivre en ville. Epanouis et heureux, à la tête d’entreprises rentables, certains emploient du personnel, parfois un voisin, la plupart forment des apprentis et nombreux sont prêts à embaucher. Avec fierté, ils nous ont reçus dans leur atelier ou parfois sur un chantier. Hommage en portraits à ces artisans de nos campagnes, hommes et femmes de cœur, de Soursac à Lubersac.
Nous sommes les coursiers de la campagne
Jacques Coudert, 55 ans
Boucher-charcutier à Maussac
Installé dans un ancien bar-hôtel de la gare de Maussac, Jacques Coudert était apprenti boucher chez ses parents. Aujourd’hui, l’entreprise familiale, qui vient de fêter ses 50 ans, emploie 4 salariés dans une commune de 500 habitants. Artisan et adjoint au maire, Jacques Coudert reconnaît que "parfois les rôles se mélangent", surtout lors de la tournée.
"Les gens vous font beaucoup de confidences, bien plus qu’au magasin, certains vous portent une part de gâteau, un café ou des légumes". Et nombreux sont devenus des amis, voire plus. La tournée ne ressemble en rien à un circuit touristique. "Dès 7h00 du matin, tout va très vite, c’est une question de rythme". Ainsi, M. Coudert dessert 7 communes, depuis Combressol jusqu’à Lamazière-Basse ou encore Ambrugeat…
Attention ! Un petit retard de 15 minutes engendre aussitôt l’inquiétude des habitués qui téléphonent au magasin. Parfois, les clients ne sortent pas de chez eux, alors, M. Coudert court frapper à la porte pour vérifier que tout va bien. C’est dire la solidarité. "Certains nous laissent même le panier avec l’argent à l’intérieur". Il faut dire que M. Coudert tourne depuis 36 ans".
Aujourd’hui, les clients sont plus jeunes - "on voit revenir les moins de 30 ans" - et viennent parfois d’assez loin. "Ils savent que nous achetons les animaux sur pied au producteur, c’est ce qui a fait notre réputation, sans aucune publicité". Les tournées sont moins rentables, mais M. Coudert continue, pour le plaisir et pour le service :"parfois nous portons le pain, souvent nous annonçons un décès ou une naissance. Nous sommes les coursiers de la campagne".
Nous sommes ouverts tous les jours
Joël Boutouyrie, 51 ans
Garagiste à Beynat
Avec deux salariés et un apprenti, Joël Boutouyrie est garagiste, adjoint au maire et chef de centre des pompiers de Beynat. "En 1966, je suis devenu apprenti dans ce garage. On travaillait sept jours sur sept. Puis j’ai repris en location-gérance en 1976 avant d’acheter en 1978. "Ici les activités sont multiples : réparation automobile, agent de marque Renault, station-service, vente et location de véhicules toutes marques.
"Nous sommes ouverts tous les jours, dimanche matin compris, pour une roue de tondeuse ou un plein de gasoil. De jour comme de nuit, nous nous déplaçons pour une assistance, un remorquage ou un pneu. Autant dire que le service de proximité ne pourra pas disparaître. Les gens comptent sur nous".
Sans que l’on ne puisse parler de cité dortoir, Beynat accueille de plus en plus de personnes qui travaillent à Brive. "Nous travaillons à 90 % avec la clientèle locale mais l’été, nous bénéficions de l’attractivité des centres touristiques de Miel et du Coiroux". Les voitures sont équipées de haute technologie et le métier a, bien entendu, évolué. Mais M. Boutouyrie a su s’adapter : "nous louons des voitures et fournissons des véhicules de remplacement en accord avec des compagnies d’assurances..."
Etre maire ajoint, chef des pompiers et artisan demande beaucoup d’abnégations, les casquettes se mélangent souvent. "Ici, la vie n’est pas monotone et il y a cette cohésion que l’on ne trouve pas forcément en ville".
Les clients comptent sur nous
Daniel Raynal, 37 ans
Boulanger-pâtissier à Soursac
Mirifique, la boulangerie de Soursac, 500 habitants, vous accueille dans une ambiance tamisée jaune orangée. A gauche, les pains dorés et les croissants, à droite, un coin salon de thé méticuleusement décoré. En 1987, M. Raynal et son épouse rachètent la boulangerie du bourg, vouée à disparaître. Dix ans plus tard, ils décident d’agrandir et achètent une maison quelques mètres plus loin. Celle-ci sera complètement transformée. Nombreux furent les investissements, toujours accompagnés d’innovations bien calculées. Ainsi, avec un pétrin tout neuf et un four adapté, la boulangerie emploie aujourd’hui un salarié.
"Les 35 heures et les mises aux normes m’ont obligé à acheter une machine pour faire le pain" confie Daniel Raynal. Bien sûr, il s’agit d’un investissement important. Mais M. Raynal le répète souvent à ses collègues : "cela m’a permis de repenser mon travail et de gagner une demi-heure ici ou là et une heure le matin".
Visionnaire, le jeune chef d’entreprise exhale la passion pour son métier et nous fait part de sa dernière création, le "sablé Soursacois". "Nous avons déposé la marque et la recette. Nous le distribuons déjà en grandes et moyennes surfaces et peut-être demain sur internet". Son fils Anthony va, dès l’an prochain, préparer un BEP vente et sera chargé de les commercialiser.
Du mardi au vendredi, M. Raynal parcourt la campagne du Viaduc des Rochers Noirs avec son camion. Les tournées apportent un complément de services indispensables : "souvent, nous livrons les médicaments ou les commissions de l’épicier. Cela fait partie du métier et les gens comptent sur nous. La boulangerie crée un mouvement, une dynamique dans le bourg". Depuis, se sont installés d’autres commerces, une épicerie, un bar…
Vous avez dit accoroutiste ?
Valérie Marolleau, 34 ans
Accoroutiste à Lubersac
Vous avez dit accoroutiste ? Oui.
"L’accoroutiste effectue l’entretien des accotements routiers" explique en souriant Valérie Marolleau. Originaire de Dordogne, la jeune femme est une battante. Déterminée, elle obtient en juin 2003 les permis poids lourds et super lourds, suit le Stage de Préparation à l’Installation et démarre l’entreprise le 16 juillet 2003, "après une année de recherche, de dossiers et de tractations". D.E.B. Nature est spécialisée dans le fauchage, le débroussaillage, l’élagage et le broyage.
Au volant d’un tracteur équipé d’un lamier d’élagage de 2,20 mètres et d’un bras télescopique permettant de travailler à 9 mètres en latéral, Valérie Marolleau évolue dans les chemins les plus étroits. La DDE et les communes sont ses principaux clients. Pour les particuliers, elle redonne fière allure aux bordures de champs ou aux haies.
"Etre une femme dans un métier typiquement masculin ne m’a pas aidé. Les gens n’avaient pas forcément confiance. Et bizarrement, c’est mon banquier qui m’a suivi". Autant dire que Valérie Marolleau était ravie d’accueillir celui-ci lors de la journée de démonstration, qui pour son côté inhabituel, démonstratif et spectaculaire a su attirer en masse les médias.
Pour le moment, Valérie Marolleau s’occupe seule de l’image de l’entreprise et des contacts commerciaux.
Travailler à la campagne, c’est un choix de vie. "Je n’aurais pas pu m’installer en périphérie d’une grande ville. Pour moi, la Corrèze, c’est l’image profonde de la nature et non pas la France profonde, mais la France tout simplement". Perfectionniste, elle reconnaît toujours vouloir "être au top". Pour cela, il faut savoir se battre. Prudente, mais néanmoins ambitieuse, Valérie Marolleau souhaite développer la structure de D.E.B. Nature et espère embaucher une personne d’ici l’été prochain.
b[Une chaîne de solidarité]b
Jean-Luc Dupuy 40 ans
Couvreur à Juillac
Jean-Luc Dupuy, couvreur zingueur charpentier à Juillac, nous reçoit dans son nouvel atelier de 600 m2. Installé depuis l’âge de 22 ans, aujourd’hui à la tête d’une entreprise de six salariés, il est également adjoint au maire de Chabrignac et président du club de rugby de Juillac. "Avoir des concurrents est quelque chose de positif et de très stimulant" explique M Dupuy pour qui, la maîtrise du travail "procure le respect de ses collègues".
Ainsi, l’entraide existe : "les entreprises de maçonnerie nous envoient des clients et vice-versa, c’est une chaîne de solidarité". Jean-Luc Dupuy aime à rappeler que deux de ses apprentis sont devenus chefs d’entreprise et que les aides au développement en milieu rural sont nombreuses.
Conscient d’assurer un service de proximité, il confirme l’importance du tissu relationnel à la campagne mais regrette que le client n’ait pas toujours conscience de la corrélation entre réactivité et taille de l’entreprise. La vie associative, quant à elle, permet de lier beaucoup de contacts. "Le plus important, c’est de ne pas louper le contact, ensuite, le marché est ce qu’il est".
Pour lui, le salaire n’est pas un problème. C’est même un moyen de fidéliser le personnel qualifié.
Jean-Luc Dupuy assure qu’il lui aurait été impossible de faire une telle carrière en ville avant de déclarer être prêt à embaucher une ou deux personnes supplémentaires.
b[Artisan ou Maire ?]b
Gérard Laval, 49 ans, Maçon à Eyburie
Pour une affaire ou pour une autre, "je suis entré dans toutes les maisons de la commune" lance Gérard Laval. Il faut dire qu’au-delà de son métier de maçon, M. Laval est maire de la commune d’Eyburie. Après avoir travaillé sept ans chez Michelin, il décide de revenir travailler au pays. Cinq ans plus tard, il reprend l’entreprise de maçonnerie. Il a trente ans et son père devient alors son employé".
Aujourd’hui, la force de l’entreprise, c’est d’exceller dans la rénovation de maisons. "Nous savons tailler la pierre et nous ne travail-lons jamais à plus de 20 km". Pour le seconder, M. Laval a embauché Stéphane, 22 ans et Philippe 35 ans mais regrette les difficultés à trouver du personnel qualifié.
Avoir une représentation de l’artisanat dans les conseils municipaux est très important. Le portable ne cesse de sonner. Alors, artisan ou maire ? Souvent les deux à la fois. "Les rôles se mélangent, on sait beaucoup de choses, on peut conseiller, y compris pour l’aménagement de la commune." Eyburie connaît également le phénomène de retour à la campagne et les inquiétudes relatives à la démographie sont levées depuis quelques années. "La demande de la population est telle que nous avons décidé de créer un lotissement". Avec ses 500 âmes, la commune compte aujourd’hui un jeune charpentier couvreur, un boulanger, une coiffeuse, deux épiceries, un traiteur, une société de location de matériel et un plombier.
Aujourd’hui, M. Laval admet que l’on peut vivre confortablement de l’artisanat en campagne. Il aimerait surtout re-venir à un service de proximité plus réactif. "On ne peut plus se permettre d’assurer les travaux non prévus". Pour cela, il est prêt à embaucher une per-sonne capable d’encadrer du personnel, "pour avancer".
b[Gérard Denis, 49 ans
Fabrication et rénovation de pompes à eau à Lubersac]b
A Lubersac, Gérard Denis fabrique et rénove des pompes à eau en bronze. Emmanuel, son fils de 23 ans, ingénieur Arts et Métiers, représente la quatrième génération familiale dans le métier. Aujourd’hui, "la concurrence fabrique des pompes en plastique, moins chères mais d’une durée de vie bien inférieure. Une fois installée, une pompe doit s’oublier !" expliquent-ils.
Dotés d’un savoir-faire exceptionnel, ils réalisent eux-mêmes les moteurs (bobinage d’1/2 cheval jusqu’à 2 chevaux) et sont capables de faire remonter de l’eau depuis 120 m de profondeur, de s’adapter à un très faible débit comme à un débit important.
La clientèle se compose de plombiers, de communes mais également de particuliers ou encore, par exemple, des carrières de Thiviers. "Même s’il existe quelques ateliers de réparation, nous sommes les seuls à fabriquer des pompes de A à Z en Limousin". Informatisée, l’entreprise dispose également d’un banc d’essai, pour tester les réalisations en situation réelle. Pour M. Denis, "vivre à la campagne, c’est choisir une qualité de vie. L’inconvénient, c’est de trouver du personnel. D’ailleurs, nous recherchons un tourneur fraiseur, avec de l’expérience si possible."
Mais pour M. Denis, ce sont les vacances qui manquent le plus. "On ne peut pas laisser quelqu’un sans eau pendant 15 jours". Alors, le service au public est complet : "souvent, nous prêtons des pompes pour dépanner". Les horaires sont élastiques et empiètent souvent sur le week-end. "C’est une fierté de pouvoir rendre service" lache t-il. Le téléphone sonne : "euh…on est un peu débordés, mais pour vous dépanner, on le fera".
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