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Artisanat en Corrèze : Trait d'Union, le magazine de l'ARTISANAT en CORREZE

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Christine Deffontaine, opticienne lunetière à Tulle



A Tulle, les Deffontaine sont une institution. Depuis plus de 50 ans, installés en plein coeur de ville, ils ont connu l’évolution fulgurante du métier et l’arrivée massive de la concurrence. Aujourd’hui dirigée par leur fille Christine, la boutique marque sa différence par le leitmotiv des premiers jours : la personnalisation et le service.



Christine Deffontaine, opticienne lunetière à Tulle
« Vous êtes ici dans le plus ancien magasin d’optique dudépartement » lance fièrement Serge Deffontaine. Il faut dire qu’à 87 ans, l’opticien d’hier regarde toujours son métier avec des yeux de Chimène. Arrivé dans les années 60 dans le Trech à Tulle, il débarque de Paris dans un magasin en plein chaos. Bien préparé et bien formé (notamment au Lycée Fresnel, annexe de la prestigieuse École d‘optique Morez), il restructure l’affaire avec ses associés, développe
de nouveaux marchés avec les maisons de retraite et pousse à l’extrême la notion de service au client. « Au point de livrer les dimanches dans les campagnes les plus éloignées, de ne pas partir en vacances et d’ouvrir le magasin même le jour de noël » explique un brin nostalgique sa fille Christine.
 
Désormais à la tête de l’entreprise Christine Deffontaine n’embrasse pourtant pas de suite le métier. Elle rêve d’aventures, de voyages et étudie d’abord les sciences politiques. A 20 ans, elle se lance dans 5 années d’études et prépare avec brio le BEP puis le Brevet professionnel d’optique. « J’étais apprentie à Paris avant de travailler chez Linx Optique, une boutique haut de gamme, puis à Angoulême. » Dans les années 80, une mission humanitaire la conduira au Nicaragua, un pays alors ruiné par la révolution. Cette expérience renforcera son intérêt pour le métier (et son approche humaniste) puisqu’elle y formera des dizaines d’opticiens.
 
« Je suis un dinosaure et je l’assume »
 
Installée à Tulle depuis 1995, elle prépare aujourd’hui une jeune apprentie au Bac professionnel. Une trentaine de formations permettent actuellement d’apprendre le métier d’opticien lunetier en France. Elles se sont développées rapidement, un peu trop peut-être, pour faire face à un réel manque de professionnels. Mais, le secteur est passé du manque à la surabondance et le métier est devenu un véritable business. Comme un aimant, il attire les financiers, les gens de la mode… Une évolution au rabais que déplorent les Deffontaine : « aujourd’hui, c’est lamentable et les dérives sont nombreuses. Les montures sont fabriquées en Corée, en Chine et certains sites internet proposent de faire soi-même ses mesures et ses réglages. C’est impensable ! Certains sous-traitent également ces opérations, parfois même à l’étranger. Tout est bas de gamme, la monture, le verre, le travail. Les gens se servent tous seuls. Je ne veux pas participer à tout ça. Alors, je suis un dinosaure et je l’assume. » lâche avec véhémence l’opticienne.
 
« Comme dans la vie, je veux sortir de l’ordinaire. »
 
Dans la pratique, elle accompagne ses clients dans leurs choix, avec « beaucoup de psychologie ». « Ils sont souvent très démunis, inquiets. N’ont pas toujours envie de lunettes. Alors, j’aime beaucoup échanger et les mettre en confiance. Je les conseille en tenant compte de la prescription médicale bien entendu, de leurs moyens financiers mais aussi de leur métier par exemple… Ensuite, je prends les mesures et m’accorde un certain temps de réflexion pour trouver ce que proposent de mieux mes fournisseurs. C’est un véritable travail de recherche et d’analyse, de personnalisation que je fais seule. » Alors, Christine Deffontaine passe beaucoup de temps à choisir les modèles avec les représentants, essaie ellemême chacune des montures, chacune des marques et ne commande qu’un exemplaire pour le magasin. Ses clients proviennent de toute la Corrèze, sont de toutes classes sociales. « Certains ont la CMU parce qu’ils savent que j’ai aussi des modèles pour eux. » Ici, toutes les lunettes sont prêtées au client, sur la base de la confiance, sans limite de temps et sans payer quoi que ce soit. Un service supplémentaire, à l’image de la maison. « Je fais tout pour me différencier et je propose une approche très personnalisée du client, du véritable sur mesure.» Parce que je veux sortir de l’ordinaire, comme dans la vie. »
 
Après avoir vérifié la correspondance parfaite des verres avec la formule de prescription, Mme Deffontaine en prépare la découpe. Beaucoup plus grands que leur taille définitive, les verres sont taillés selon la forme exacte des montures. « C’est un moment très critique, qui demande beaucoup de rigueur. » explique t-elle. Après vérification et centrage sur un frontofocomètre, les verres sont taillés au 10e de millimètre dans une meuleuse semi-automatique et ultrasophistiquée. Sur ce point encore, le métier a totalement changé. Aujourd’hui, les verres sont en matières organiques (polycarbonate, CR39…). Autrefois en verre minéral, la taille et le meulage se faisaient à la main, à l’aide d’une pointe de diamant et de pinces spéciales.
 
S’ensuivent les essayages avec le client, les essais de lecture de près, de loin et de très nombreux réglages : plaquettes de nez, ouverture temporale,
ouverture des branches… Aujourd’hui, l’activité est tendue et « 2012 a été difficile » regrette t-elle. Si 2013 s’annonce meilleure, le magasin peut compter sur l’incroyable fidélité de ses clients. D’autant qu’une ancienne pratique est en train de renaître : l’examen de la vision. Assuré par les opticiens, il permet, comme
le prévoit une loi de 2007, de faire face à la pénurie d’ophtalmologues dont les prescriptions restent valables 3 ans. Christine Deffontaine réalise ces examens dans un espace spécifique à l’étage. Mais cette activité nécessiterait de lourds investissements matériels pour être développée. Peut-être l’occasion parfaite pour s’associer à une apprentie pleine d’avenir…

Christine Deffontaine et son père Serge, une passion commune pour le métier d’opticien et… les relations humaines.
Christine Deffontaine et son père Serge, une passion commune pour le métier d’opticien et… les relations humaines.

Christine Deffontaine, opticienne lunetière à Tulle

Lundi 15 Juillet 2013
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