Si Emmaüs a été son premier fournisseur d’objets en cuir à restaurer, Didier Bruchon a tout de suite opté pour une qualité de travail irréprochable et ne fait que "du premier choix". C’est en démontant de vieilles sacoches, qu’il comprend les strates de cuir et les renforts, apprend à distinguer les matières premières et s’éprend du cuir de vachettes pleine fleur. Saviez-vous que le cuir issu du collet de la vache est légèrement strié, celui du flan bien plus régulier ?
Le square mouth, sac à ouverture rectangulaire, est très certainement celui qu’il préfère. Il le décline en forme de demi-lune ou grande demi-lune. "Après trois ou quatre ans, j’ai réalisé mes propres modèles". Sur une cinquantaine de créations, il n’en conservera que cinq, celles qui se vendent. Alors, pour se différencier, il commence à gainer les fermoirs des sacs avec du cuir et invente la teinte au tampon, une méthode qui donne un éclat si particulier au cuir et dont il garde très consciencieusement le secret.
Souvent copié mais jamais imité, Didier Bruchon assemble les pièces de cuir dans son atelier de Lagraulière, passe le fil dans la cire avant de coudre, dans la tradition de la sellerie, au fil de lin et en double point. Il nous rappelle volontiers que les selliers ont toujours créé des bagages adaptés à leur époque : fardés d’un dessus arrondi pour que l’eau s’écoule facilement, ils étaient autrefois transportés sur le toit de voitures à cheval. L’avènement des véhicules motorisés, aux espaces de rangements rectangulaires, les ont transformés par commodité de superposition. Le cuir qu’il utilise est invariablement un cuir européen marron tanné en Turquie, une couleur "passe-partout, de toutes les saisons". La griffe, l’alêne (poinçon), la pince de sellier et l’abat carres (pour arrondir) sont ses les outils qu’il manipule en permanence. Ici, pas de machines à commande numérique ni de découpe assistée par ordinateur.
Aujourd’hui, ses clients sont des gens plutôt aisés. Ils viennent de toutes régions, parfois de l’étranger, pour demander conseil ou passer une commande sur mesure. Il faut dire que Didier Bruchon peut créer le sac de vos envies. "Les achats de mes clients sont des achats réfléchis. Certains économisent pendant des mois pour s'offrir le sac dont ils rêvent". Pour un modèle existant, vous devrez débourser entre 300 et 1.000 euros. Oui, mais Didier Bruchon "fabrique de l’intemporel" : "chez moi les choses s’embellissent et se patinent avec le temps". Sa production annuelle, une cinquantaine de sacs, est très réduite : "elle ne représente que 30 % de mon chiffre d’affaires". Le "petit service" qui lui permet de vivre, est bien souvent "la première entrée vers un produit haut de gamme".
Ses initiales ornent depuis longtemps déjà les sacs et autres créations qui en font une référence dans le domaine de la maroquinerie. Aussi, de nombreux jeunes issus d’écoles de maroquinerie viennent chaque année se proposer comme élèves stagiaires. Avec un site internet en projet, même si il ne souhaite pas trouver "trop de clients", Didier Bruchon mène la vie qu’il a choisie, c’est son choix et c’est un luxe.