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Emmanuel Berthelin, artisan de l’écologie à Tarnac



Emmanuel Berthelin est un artisan du bâtiment multicartes. Tour à tour charpentier, menuisier et couvreur, il s’est installé avec sa famille dans la (désormais célèbre) commune de Tarnac. Loin d’être un « écolo à tous crins », il a intégré l’écologie jusque dans la manière de penser son entreprise.



Emmanuel Berthelin   utilise des matériaux écologiques  tels que la laine de bois pour l'isolation.
Emmanuel Berthelin utilise des matériaux écologiques tels que la laine de bois pour l'isolation.
Originaire de la région parisienne, Emmanuel Berthelin ne se prédestinait pas à devenir artisan. Issu d’une famille de fonctionnaires, il passe d’abord son Bac avant d’entamer des études en psychologie à l’université. Mais le jeune homme n’accroche pas. A 19 ans, il ressent le besoin de construire sa vie, de faire quelque chose de concret. Il a besoin de se confronter physiquement aux éléments­­ et refuse une vie de bureau toute tracée.

Depuis toujours attiré par le bois, il passe alors un CAP de charpentier en 6 mois avant de rejoindre le Tour de France des compagnons pendant 7 ans. Un parcours qui le conduira à préparer à Mâcon son Brevet professionnel puis, à Montpellier, son Brevet de maîtrise. Toujours dans l’idée d’obtenir les plus hautes qualifications de son métier. Après quelques années de travail en Corse avec Valérie, sa compagne, il décide de s’installer à Broussas, lieu-dit de la commune de Tarnac, à quelques mètres seulement du département de la Creuse.

Emmanuel Berthelin, artisan de l’écologie  à Tarnac
Une installation difficile

Pour préparer son projet de création d’entreprise, il suit un stage CIFA à la Chambre de métiers de Guéret. Mais rencontre des difficultés à convaincre les banques. «Nous avons vu 7 banques et aucune n’a accepté de nous suivre» explique t-il avec une amertume mal dissimulée. Mais heureusement, et cela correspond bien à leur «façon de voir les choses», un système d’épargne solidaire a choisi de leur faire confiance. Valérie se souvient : «nous avions deux enfants en bas âge, de 6 mois et 3 ans, et ce fut une véritable aventure. Tant au niveau personnel que professionnel.»

Seuls pendant 2 ans, les Berthelin décident d’embaucher un premier salarié. Mais l’affaire tourne court. Ce dernier connaît des difficultés personnelles qui mettent en péril la survie de l’entreprise. A contre cœur, ils décident de s’en séparer. Aujourd’hui, ils sont 3 à courir les chantiers tandis que Valérie, assure les indispensables, et parfois invisibles, relances, suivis fournisseurs et autres tâches bureautiques, comptables… Par dessus tout, elle assume avec fierté, son rôle de médiateur entre le chef d’entreprise et les salariés. Parce que, selon elle, il y aurait « une vision féminine des choses », peut-être plus proche de la voie du compromis. Quoi qu’il en soit, Valérie prend son travail à cœur. Elle qui était prof de danse a préparé un Brevet de collaborateur de chef d’entreprise artisanale à Tulle : « une formation vraiment bien ciblée, où j’ai pu confronter mon expérience à celles d’autres femmes d’artisans. Pour la première fois, je n’avais plus l’impression d’être seule. »

La rénovation, c’est ce qui nous sauve

Charpentier de formation, Emmanuel Berthelin a cependant dû adapter son activité à la demande du marché. Ainsi, la charpente ne représente que 10% de son chiffre d’affaires. Une proportion qui s’explique par l’absence de constructions neuves dans la région de Tarnac. « Ici, le patrimoine bâti est exceptionnel et la population quitte le plateau. Les propriétaires préfèrent rénover leurs habitations pour y passer les vacances d’été ». Alors, les salariés de l’entreprise « Art et techniques du bois » consacrent finalement 70% de leur temps à la couverture de toits en ardoise et 20% à la menuiserie. « On est une petite structure, on fait de la rénovation et c’est ce qui nous sauve » lance Emmanuel Berthelin. « Cela permet de passer en temps de crise comme en ce moment », explique-t-il. « En 2008, nous n’avons pas ressenti les effets de la crise. Mais là, c’est différent. Les devis partent mais ne passent pas forcément. Même si je n’ai jamais cherché de travail en 10 ans, ce n’est toujours pas facile. Nous avons encore du mal à dégager un fonds de roulement suffisant. On manipule beaucoup d’argent, mais au final, il n’en reste que très peu. Et ça, c’est difficile à avaler. »


Une démarche écologique

Depuis toujours, Emmanuel Berthelin se sent concerné par les questions environnementales et milite pour la mise en place d’un habitat sain. Naturellement, son entreprise répond à cette démarche écologique. Ainsi, il mise sur l’utilisation de matériaux naturels et durables qui demandent le moins de transport et de procédés de fabrication nuisibles à l’environnement. Persuadé de n’être qu’au début de cette nouvelle façon d’envisager son habitat, il utilise des matériaux isolants propres tels que la laine de bois (fabriquée à partir de résidus de scierie et un liant naturel), la laine de chanvre ou de lin… Alors, c’est vrai. Les matériaux sont souvent plus chers et difficiles à obtenir. Même si, pour résoudre ce dernier point, il a trouvé la solution : faire appel aux services de la coopérative Cap Bois et Toit, basée à Varetz. Autre exemple : pour la menuiserie, Emmanuel Berthelin n’utilise que du bois et rappelle que certains pvc, ni sains ni naturels, sont interdits dans certains pays de l’UE comme l’Allemagne.

Cette année, pour certifier et faire connaître sa démarche écologique, Emmanuel Berthelin a intégré la démarche « Eco artisan » proposée par la Capeb. Un label qui établit les capacités de l’artisan à dresser, d’une part, un diagnostic thermique pour ses clients et d’autre part, des recommandations pour les différents corps de métiers. Celles-ci indiquent comment intervenir de la manière la plus écologique et la plus saine possible. Une manière de préparer l’avenir et d’anticiper la captation de ces marchés très en amont par les grandes entreprises.

Emmanuel Berthelin, artisan de l’écologie  à Tarnac


Mercredi 30 Décembre 2009
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