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Famille Condachou, artisans tonneliers à Uzerche



Depuis bientôt 60 ans, la famille Condachou bâtit et rénove des tonneaux en bois de chêne et de châtaignier à Uzerche. Dominique et son fils Clément produisent près de 700 fûts par an dans une tonnellerie aux allures d’autrefois où se mêlent l’eau, le feu, le fer et le bois. En quelques années, ils ont su diversifier leurs activités et s’attaquent aujourd’hui aux pays de l’Amérique latine.



Famille Condachou, artisans tonneliers à Uzerche
Dans les années 1950, la région Limousin connaît une forte tradition de tonnellerie liée à la production de nombreux vins de coteaux et de cidres locaux… Marcel Condachou crée alors la tonnellerie éponyme basée au Pont vieux, à proximité d’Uzerche. Mais les temps changent, les habitudes aussi. Le vin n’est plus distribué en barriques mais en bouteilles. Les productions locales diminuent, cessent… et les tonnelleries disparaissent.

Aujourd’hui âgé de 80 ans, Marcel Condachou regarde avec bienveillance son fils diriger l’entreprise familiale. Une entreprise reprise en 1995 par Dominique qui a dû adapter la production à la demande et
traverser, parfois, des moments difficiles.

Le tonneau, un savoir-faire ancestral

Famille Condachou, artisans tonneliers à Uzerche
Aujourd’hui, la tonnellerie produit des tonneaux de deux natures. Des tonneaux de chêne, en petites quantités (120 par an) destinés aux viticulteurs, principalement basés sur l’Entre-deux-mers. Réalisés suivant des techniques héritées du savoir-faire familial, ils bonifient le vin, lui confèrent des arômes boisés facilement reconnaissables. Des tonneaux de châtaignier ensuite (400 par an) destinés au vin de consommation courante, avec des tanins assez agressifs. Destinés aux amateurs, ils constituent toutefois de bons contenants qui sont commercialisés dans les coopératives agricoles des alentours (Allassac…) mais aussi Castres, Bergerac ou encore Chasseneuil…

Le tonneau est connu en Europe depuis plus de 2 000 ans. Inventé par les Gaulois, il servait à stocker des produits liquides (vin, bière, cidre, eau), mais également solides comme les grains, les salaisons et même les clous. Bâtir un fût de chêne ou de châtaigner s’appuie sur un savoir-faire ancestral que seule l’expérience confère. Pas moins de 15 étapes sont nécessaires, depuis l’achat du bois et le séchage (2 ans minimum à l’extérieur) jusqu’à l’emballage et l’expédition. Le bois est tout d’abord coupé à la longueur du tonneau, avant le dolage (qui donne à la planche de bois, dite douelle, la forme extérieure du tonneau), le jointage et le cerclage sur la partie haute du tonneau uniquement. Les tonneaux sont ensuite humidifiés pendant une demi-journée, puis chauffés au-dessus de braseros à une température comprise entre 28 et 36°C. Humidifiés de nouveau, ils sont cintrés sur la partie basse avec des cercles de bâtissage puis réchauffés pour stabiliser, brûler et cuire le nerf du bois. Une fois refroidis, le tonnelier procède au rognage puis au fonçage des fûts (fabrication des fonds) avant d’enfiler les 6 cercles galvanisés définitifs. Enfin, l’étanchéité est assurée de manière naturelle par serrage des cercles et pour les fonds, par l’insertion de feuilles de joncs entre les planches de bois et l’application d’un mélange de farine de blé et d’eau.

En quelques années, la tonnellerie a su diversifier sa production et propose également des tonneaux-bars, objets déco-ratifs réalisés à partir de barriques « usagées ». Celles-ci sont totalement démontées, poncées, rabotées, cirées et donc recyclées. Les tonneaux-bars répondent à une demande constante depuis plus de 10 ans mais ne permettent pas, car complexes et longs à réaliser, de dégager de très bonnes marges pour l’entreprise.

Un objectif : recycler les tonneaux de chêne

Le marché du tonneau neuf est un marché très fermé, maîtrisé par une dizaine de grandes entreprises en France. L’achat des barriques est une charge très lourde pour les viticulteurs (compter 600 à 700 € pour une seule barrique neuve) et les prix ne cessent d’augmenter. Un problème amplifié par le fait qu’une barrique de 3 ans ne présente plus aucun intérêt gustatif. « Après 3 vins, explique M. Condachou, le bois est saturé, l’échange bois-vin ne se fait plus. » Alors, suite à une remise en question de l’activité au début des années 2000, ­­Dominique Condachou se lance un nouveau défi : reconditionner des barriques en chêne de 3 ans et permettre qu’elles assurent de nouveau le vieillissement de vins. Une dizaine d’années plus tard, après de nombreux essais, il a finalement mis au point une méthode basée notamment sur le rabotage et la réchauffe du bois qui donne de très bons résultats en dégustation.

Suite à une prestation Capéa croissance, M. Condachou a bénéficié de la compétence export du réseau des Chambres de métiers du Limousin et de l’aide du Conseil régional. Il vient d’envoyer des échantillons au Chili et en Argentine. «  Le consultant proposé par les CMA est un expert des pays d’Amérique latine. Il a trouvé des distributeurs sur place et nous effectuons en ce moment-même des tests sur 11 points de vente » explique t-il. « Nous avons décidé de gommer les effets de saisonnalité de notre production. Chaque région viticole est différente et nous savons que là-bas, les gens apprécient particulièrement le goût du boisé. Et puis, même à l’autre bout du monde, la tonnellerie de qualité est toujours associée à la France, pour le bois et le savoir-faire dont nous bénéficions. »

Pour Clément, son fils de 22 ans, « ce projet représente un très gros espoir pour l’entreprise. ». Après un bac scientifique et un BTS en viticulture et œnologie, il prépare actuellement un CAP de tonnellerie en apprentissage à Blanquefort et dans l’entreprise familiale. Clément a obtenu une médaille de bronze au concours du Meilleur apprenti de France 2011 et participera aux Olympiades des Métiers d’Aquitaine en mars 2012. Il croit en l’avenir de la tonnellerie. Tout comme Isabelle, sa maman, qui s’occupe de la comptabilité et de la logistique et Mathieu, le frère cadet, qui donne quelques coups de main…
Famille Condachou, artisans tonneliers à Uzerche

Mercredi 3 Août 2011
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