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Philippe Brouillet : le campaniste et l’esprit des clochers



Basée à Noailles, près de Brive, l’entreprise Brouillet et Fils est spécialisée dans l’entretien et la réparation d’horlogeries et d’équipements campanaires. Les 7 salariés agrègent à eux seuls les savoir-faire de huit métiers différents et gèrent plus de 1000 clochers dans le grand sud-ouest.



Philippe Brouillet : le campaniste et l’esprit des clochers
Campaniste. Un mot qui sonne bien à l'oreille et renvoie en écho un air de campagne et d'organiste. Curieusement, les facteurs de cloches, dont l'activité est historiquement liée à celle des églises, n'avaient pas jusqu'à présent de nom bien défini. Un groupement professionnel, le Giheec, a dernièrement obtenu la création d'une nouvelle appellation et l'inscription, pour 2007, du mot campaniste dans nos dictionnaires. A Noailles, sur le causse corrézien, l'entreprise artisanale Brouillet et Fils compte parmi la petite quarantaine de sociétés campanaires en France. Le père de la société familiale, c'est Etienne Brouillet, aujourd'hui gérant retraité. En 1979, il bâtit son entreprise sur les cendres de la société AEELCO, alors en dépôt de bilan. Son fils Philippe est aujourd'hui à la tête d'une entreprise aux savoir-faire singuliers, sur un marché très étroit mais néanmoins concurrentiel rythmé par les deux géants (Bodet et Mamias) et l'arrivée des nouveaux compétiteurs tchèques, slovaques et italiens. 8 métiers en 1 L'entreprise gère simultanément plus de 1000 clochers en contrat d'entretien dans 8 départements du grand sud-ouest. Les 7 salariés de l'entreprise exercent une activité pointue, complexe et culturelle qui fait appel aux savoir-faire de huit métiers. En premier lieu, le campaniste doit avoir « de bonnes notions de musique », explique Etienne Brouillet. « Cela peut surprendre, mais quand on a commandé les cloches pour l'église de Seilhac, dont le carillon est unique en Limousin, chacune des 19 cloches devait être au diapason ». Le campaniste est également charpentier quand il pose les jougs en bois supportant les cloches, restaure les croisillons, les poutres, les travées et installe le beffroi, chambre de bois qui reçoit les cloches. Le beffroi déleste le bâtiment des dynamiques de poussées imposées par le balancement des cloches pesant plusieurs tonnes. L'entreprise Brouillet en dessine les plans sur ordinateur, fait réaliser la structure de manière traditionnelle par un artisan compagnon puis en assure l'installation. Et puis, le campaniste doit savoir diagnostiquer et prendre la bonne décision face à un problème survenu sur une cloche. A Aubazine, confie Philippe Brouillet, « une cloche du 17e siècle, classée monument historique était fêlée. Nous avons pris en charge le démontage de cette cloche d'une tonne avant de l'envoyer à notre sous-traitant pour réparation ». Basé en Forêt Noire, ce dernier analyse la composition chimique du bronze de la cloche (régulièrement 72 % de cuivre et 28 % d'étain fin) puis soude ou plutôt recharge la brèche en matière. « Le résultat est spectaculaire », insiste son père. Chez les Brouillet, le campaniste se fait également horloger quand il installe les cadrans, les aiguilles, les mécanismes d'horlogerie et restaure les horloges anciennes. A ce titre, l'entreprise a notamment installé les horlogeries de l'Hôtel de ville de Limoges, de l'Hôtel du département de Tulle ou encore du Lycée Edmond Perrier à Tulle. L'électronique sonne les cloches Les cloches manuelles n'existent quasiment plus. Alors, le campaniste devient finalement mécanicien, électromécanicien, électricien ou encore électronicien. Le cloches sont gérées par des moteurs à gestion électromécanique ou électronique. Une gestion bouleversée par l'arrivée récente des moteurs linéaires, à tintement ou à électro-aimants (qui ont l'avantage de ne plus faire de bruit). Du point de vue de la distribution électrique, Brouillet et Fils assure la mise en place des lignes de force, de télécommande et des coffrets de coupure et de sécurité. Le tableau de commande, en général situé dans la sacristie, permet de piloter, en mode manuel ou automatique, le déclenchement des différentes sonneries, à savoir les coups de l'horloge, l'angélus, le carillon ou le glas. En fonction des modèles, une connexion à un ordinateur permet de mettre à jour les logiciels et de télécharger de nouvelles mélodies. Parmi ses nombreux travaux, l'entreprise Brouillet entretient depuis 25 ans l'esprit de nombreux clochers et intervient auprès de monuments tels que la cathédrale Saint-André de Bordeaux et le bourdon de 12 tonnes de la tour Pey-Berland, la Cathédrale Saint Etienne de Toulouse, l'église Saint-Genest de Curemonte, toutes les églises et les écoles de Limoges, le Tribunal de Tulle, la clôche du millénaire Saint Martin à Brive …

Lundi 8 Janvier 2007
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