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Artisanat en Corrèze : Trait d'Union, le magazine de l'ARTISANAT en CORREZE

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Pierre Etchegoyen, facteur d’harmonies à Sainte Féréole



Autodidacte, passionné, artiste dans l’âme, le parcours de Pierre Etchegoyen relève d’une véritable symphonie. C’est à l’âge de 55 ans, en 2006, qu’il s’installe artisan d’art, comme facteur et réparateur d’instruments à vent. Il produit ainsi quelques flûtes par an, dans une logique très artisanale dans le respect de la qualité, tant visuelle qu’acoustique, et les exporte à travers le monde. Retour sur un parcours étonnant.



Il faut remonter le temps jusqu’à son adolescence où Pierre Etchegoyen découvre la quena, flûte traditionnelle des pays Andins.  Sa puissance, sa sonorité et le folk des Andes, il les découvre par le disque, puis lors d’un concert devant un groupe de musique d’ Amérique Latine, le queniste du groupe lui permettant d’acquérir une première flûte.  Première rencontre, première passion, il la pratique, puis la fabrique. Il trouve du bambou et utilise un fer rouge pour réaliser ses 6 trous dessus et celui à l’arrière. Par une encoche, il met en vibration l’air.  Il sera toute sa vie inspiré par les cultures traditionnelles, premières.
Etudiant à Bordeaux, il joue avec un groupe d’amis passionnés, avant d’arriver en Corrèze pour entamer sa vie professionnelle, mais sans pouvoir continuer la quena en ensemble.
 
De la quena à la flûte baroque.
Ayant baigné depuis son enfance dans un environnement de mélomanes pour la musique dite « classique », il s’est intéressé à la flûte traversière suite au renouveau de la musique baroque interprétée sur les instruments d’époque ou leurs copies. Ce « renouveau » a débuté vers 1945/50 environ, avec une poignée de « défricheurs », puis a pris de l’importance  à partir des années 1970. C’est lors d’un concert de musique baroque sur le domaine de Sédière, où il a entendu pour la première fois cette « étrange flûte en bois », que Pierre Etchegoyen a décidé de tenter l’aventure de sa fabrication.
 
Pour cela il s’est renseigné, a rencontré d’autres facteurs, notamment un, installé dans le Cantal, avec qui il a sympathisé. En autodidacte il a pioché dans  différentes disciplines : l’acoustique musicale bien sûr, mais aussi l’histoire de la musique, et l’étude de publications dans les domaines de recherche autour des instruments à vent. Puis il s’est lancé dans la fabrication proprement dite, aidé par ses capacités « manuelles » et ses connaissances techniques (fabrication d’outillage notamment), et a ainsi retracé et retrouvé les subtilités de la fabrication des flûtes baroques. Cela aura duré 3 ans ; 3 années d’essais, de tests, de re-création à partir des instruments du passé (pour certains étudiés au sein des musées) pour que lors d’une première participation à une exposition spécialisée en Allemagne, trois passionnés lui en achètent. « J’ai vendu 3 flûtes. C’était un véritable encouragement »,  se souvient-il.
 
La flûte baroque, une histoire européenne
La flûte baroque succède à la flûte traversière renaissance au cours du 17ème siècle, sans que l’on connaisse encore aujourd’hui les étapes de son apparition. On trouve une première partition pour cet instrument dans un ballet de Lully de 1681, assez tard donc dans le siècle, partition très courte, comme un galop d’essai destiné à tester l’effet de ce nouvel instrument sur le public. Mais est-elle née en France ? Rien n’est moins sûr, son histoire est européenne, dès la fin du 17ème siècle, elle se déploie dans toute l’Europe de l’époque, puis au 18ème siècle elle a atteint un statut envieux d’instrument soliste, avec énormément de littérature, faisant de ce siècle l’ « âge d’or » de la flûte. Sa puissance est moindre que celle de la flûte traversière que l’on connaît aujourd’hui, et qui lui a succédé au début du 19ème siècle. Les effectifs d’orchestres étaient plus réduits, les lieux de représentation plus intimistes. C’est en respectant ces données historiques que ce « renouveau » moderne et actuel de l’interprétation de ces musiques baroques s’est inscrit.
 
C’est par une écriture musicale ayant évolué vers davantage de richesses tonales,  notamment avec l’écriture pour le clavecin, que la facture de la flûte s’est adaptée. Contrairement à la flûte renaissance (« modale » c’est à dire sans pouvoir jouer tous les degrés de chaque tonalité), elle permet de moduler, devenant donc « chromatique ». Dès la fin du 18ème siècle, des modifications sont apportées à la flûte traversière, notamment des clefs supplémentaires, et toujours pour suivre l’évolution de l’écriture musicale, et s’intégrer à des ensembles plus étoffés (besoin de « puissance » pour se faire entendre au milieu d’orchestres plus imposants). Et ce n’est qu’en 1832, puis 1847, que l’allemand Theobald Boehm modifie radicalement l’instrument et en dépose un brevet, pour en faire la flûte que l’on connaît encore aujourd’hui.  A partir de cette période, la flûte baroque disparaît (ou plutôt est « oubliée »), après avoir régné pendant un peu plus d’un siècle. Elle ne sera redécouverte, en même temps que les autres instruments « baroques » (clavecin, viole de gambe, violon baroque...), que vers le milieu du 20ème siècle. Aujourd’hui, elle a sa pleine justification dans l’interprétation des œuvres anciennes, de même que les autres instruments dits « baroques », donnant aux interprétations une couleur, des timbres, dans une recherche d’une authenticité « approchée », qu’eux seuls sont capables de rendre.
 
Un travail de composition
Chaque flûte est unique ! Pierre Etchegoyen les conçoit en fonction des personnalités.  « J’ai besoin de connaître et de développer une relation de confiance avec le musicien, confie-t-il. Sans cette relation intimiste, la flûte fabriquée ne correspondra pas exactement aux attentes. Il y a certes les aspects techniques qui ne varient pas, mais nous pouvons adapter l’instrument à la manière dont il est joué. C’est là, toute la profondeur et le charme du métier. »
 
« Environ 70% de ma production est exportée, confie-t-il. Japon, Suisse, Espagne, Italie, Australie, USA… ».
Aujourd’hui, il se pose la question de la transmission de ses connaissances, avec une exigence : choisir une personne qui a déjà une expérience musicale, mais surtout qui partage la même passion et la même philosophie. Ainsi il cherche à entrer dans ce processus de transmission en partageant son savoir faire et son expérience, ce qui devrait se faire sous peu.
La suite sur www.trait-union.info.



Lundi 14 Juillet 2014
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