Artisanat, Trait d'Union, le magazine de l'ARTISANAT en CORREZE
Trait d'Union, Trait d'Union,
Artisanat en Corrèze : Trait d'Union, le magazine de l'ARTISANAT en CORREZE

Zoom

Bertrand Cattiaux, facteur d'orgues à Liourdres



Installé aux frontières du Lot et de la Corrèze, Bertrand Cattiaux s’est consacré pendant 30 ans à la restauration des plus beaux orgues du monde. Considéré comme l’un des meilleurs facteurs au monde, son palmarès est impressionnant. Et son nom une référence. Depuis 4 ans, il s’est lancé un nouveau défi : créer des orgues neufs.



Bertrand Cattiaux, facteur d'orgues à Liourdres
« Fasciné ! J’ai été fasciné, ébloui par la beauté de cet instrument », explique Bertrand Cattiaux. Ce jour-là, sa vie a changé. Il a 14 ans et découvre pour la première fois l’intérieur d’un orgue. Celui de Notre Dame d’Etampes, sa ville natale. Instantanément, sans bien savoir où cela le conduira, il sait qu’il en fera son futur métier. A 20 ans, après des études supérieures pour rassurer ses parents, il part, tenace, se former chez un facteur d’orgues à Béthines, dans la Vienne.

Rapidement, il s’associe à Jean-Loup Boisseau, son maître, et crée une société de fait. En 1998, il est retenu pour un projet important, celui de la basilique St-Rémi de Reims. Un projet qui le conduit à Liourdres, près de Beaulieu-sur-Dordogne, où il trouve un bâtiment à sa mesure de 1000 m2 et 12 m de haut. Pour s’installer en Corrèze, il se souvient particulièrement de l’aide de la commune, de la Chambre de métiers, du Conseil général et de la Sofred.

Un grand métier d'art

La facture d'orgues est un des grands métiers d'art. Le métier allie une maîtrise poussée de l'ébénisterie, de la charpente, de la menuiserie, des alliages de métaux, de la forge, de la mécanique, de la peausserie et de l'aérodynamique… Sans oublier des connaissances en dessin, en conception 3D ainsi que, bien entendu, une oreille sûre et des notions avancées d'acoustique. De fait, la formation dure de 10 à 15 ans et se fait essentiellement en entreprise, auprès d’un maître d’apprentissage. Aujourd'hui, le Centre de formation d'apprentis d'Eschau, près de Strasbourg, est la seule école française à former à la facture d'orgues. Pendant 6 ans, Bertrand Cattiaux y a d’ailleurs enseigné sa passion. « Cela fait partie du devoir de l'artisan, pour que le métier continue à vivre » explique t-il. « Parce qu’un artisan devrait former au moins un ou deux apprentis dans sa vie ».

De la restauration à la création

Bertrand Cattiaux, facteur d'orgues à Liourdres
Parmi les orgues français, on distingue les classiques des XVIIe et XVIIIe siècles, les romantiques symphoniques du XIXe siècle et les néo-classiques du XXe siècle. Chaque orgue est composé d’un buffet en chêne, châtaignier ou merisier. Les tuyaux, visibles ou non, sont en alliage d'étain et de plomb. Ou encore en bois. Selon la sonorité désirée. L’intérieur d’un orgue peut compter de 500 à 8 000 éléments invisibles. A chaque fois, la mécanique relie le clavier au sommier et aux tuyaux. Les réservoirs (ou soufflets) alimentent l’instrument par ventilation électrique. Le métier de souffleur ayant disparu.

Pendant près de 30 ans, Bertrand Cattiaux s’est consacré à la restauration. Son palmarès est impressionnant et passe inévitablement par les plus beaux orgues du monde : la Cathédrale Notre Dame de Paris, la Chapelle royale de Versailles, la Cathédrale St Pierre de Poitiers, la Basilique St-Sernin de Toulouse…

Mais voilà. En France, l’essentiel du travail de restauration a été fait et le marché se resserre. Élu dernièrement président du Groupement professionnel des facteurs d'orgues, Bertrand Cattiaux connaît bien la profession et ses marchés. En France, seule une trentaine d'entreprises structurées subsistent à ce jour. Même si une centaine d’indépendants sont encore en activité. Depuis 4 ans, il s’est lancé dans la création d’orgues neufs. Des projets qui nécessitent plusieurs milliers d'heures de travail. Il a déjà travaillé pour Reims, Brunoy, Amilly, Courbevoie mais aussi pour la Suisse… Les clients étrangers seraient très friands de musique française romantique et symphonique. En septembre dernier, Bertrand Cattiaux est parti à la conquête des États-unis : à Dallas, Philadelphie, Washington, son agent l’a mis sur la piste de projets de création d’orgues.

L’un des meilleurs au monde

Aujourd’hui, Bertrand Cattiaux est considéré comme l’un des meilleurs facteurs d’orgues du monde. Le Ministère de la culture l’a dernièrement décoré de l’Ordre national du mérite. A chaque instrument, il donne une sonorité, une harmonie propre à son style. Sa signature. Dans son atelier, 8 autres compagnons (parmi lesquels un japonais, un allemand, un luxembourgeois…) animés par la même passion participent aux travaux de construction ou de rénovation. « Ici, on essaie de ne pas être hyper spécialisés, pour que chacun soit fier d'avoir contribué au projet. On ne fait pas de série. Chaque orgue est différent. » Tout comme l’état d’esprit.

Depuis quelques temps déjà, l’artisan travaille à la reprise de son entreprise. « C’est en cours » dit-il, avant d’envisager une nouvelle extension du bâtiment. Pour des orgues toujours plus grands, toujours plus hauts.
Bertrand Cattiaux, facteur d'orgues à Liourdres

Lundi 5 Octobre 2009
Lu 5508 fois




1.Posté par François Lefebvre le 10/01/2010 23:37
La musique sacrée est en grand danger et les facteurs d'orgues sont sans contredit une des façon d'intéresser la génération montante. De plus, les métiers d'art disparaissent à une vitesse alarmante, je crois que tout doit être mis en branle pour conserver le patrimoine religieux et en va de la survie de notre identité, je parle ici en tant que québécois et je crois que ce phénomène s'applique également à la tous les pays d'Europe.
Merci de diffuser votre journal sur le web. J'en ferai part à mes ami(e)s mélomanes et artisans.

Nouveau commentaire :

Votre message sera validé par notre modérateur avant publication. Merci de votre commmentaire.